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Finalement, je suis revenu au Khumbu….


 

 J’étais pourtant plein d’appréhension, une certaine crainte de ne pas retrouver les traces, les odeurs, les souvenirs de mes précédentes visites. J’avais entendu tellement de choses sur l’évolution du Khumbu. Et puis aussi, plusieurs de mes fidèles compagnons de marche n’étaient pas là, tout n’était pas pour le mieux, après donc pas mal d’hésitation, mais finalement, prisonniers de nos caprices on est reparti …à treize…vers les soi-disant palaces dorés et les sentiers surpeuplés du Khumbu.

 

La suite, même si elle a été parfois âpre, n’a été que successions de visions rafraîchissantes, revigorantes et rassurantes.

Plutôt qu’un descriptif méticuleux, que je n’ai jamais su faire, je préfère m‘arrêter sur quelques clichés, comme des instants privilégiés  du voyage, comme pour arrêter le temps. 

 

 

 

Jour de marché à Namché-Bazaar

 

Les toits de tôles aux couleurs vives ont remplacé les traditionnels toits de bardo, certes plus photogéniques mais bien moins étanches. De quelques côtés que l’on vienne, l’arrivée à Namche est un soulagement. Venant du bas, c’est la fin d’une rude montée souvent surpeuplée, du haut c‘est le retour vers l’abondance et les excès du monde moderne.

Arriver la veille d’un jour de marché, est une fantastique  remontée dans le temps.  Il y a bien sûr des touristes, mais finalement très peu s’y attardent, ayant à vaquer …sur Internet et autres vestiges de la civilisation de consommation. Il y a aussi beaucoup  de locaux et de gens de la vallée qui ont marché

plusieurs jours en portant un magasin de près de 100 kg.

 

Dans un cadre grandiose, sur quelques terrasses dominant vertigineusement la vallée, on peut trouver tout ou presque, en tout cas, le nécessaire. Il faut se perdre au milieu de la foule bariolée et parfois odorante, apprécier la fraîcheur de quelque quartier de viande et les normes en vigueur pour mesurer l’acharnement de ce peuple à vivre dans ces contrées où parfois respirer devient une épreuve. Vous verrez des vieux sans âge qui exhibent fièrement quelques dents en or, des gamins aussi joufflus que morveux, de solides paysannes et aussi d’élégantes sherpani. Tout ce monde rempli son sac de quelques trésors  après de durs marchandages.

 

Plus bas, au milieu du village, le marché tibétain ou plutôt tibéto-chinois a pris ses quartiers. Des dizaines de fiers caravaniers tibétains, si avides de liberté qu’ils supportent difficilement un toit sur la tête, franchissent la frontière d’avec le Népal au Col de Nangpa-la à presque 6000 m, sous l’œil plus ou moins bienveillant des gardes frontières chinois. Ainsi d’impressionnantes caravanes de yaks lourdement chargés de produits chinois vont en une marche forcée de près de 10 jours rallier Tingri au Tibet à Namche Bazaar.  Ils ne regagneront le Tibet qu’après avoir épuiser les stocks et avant les grosses chutes de neige de décembre. Une vie d’errance bien codifiée, un hymne à la liberté, un pied de nez au mondialisme, la conviction comme seule assurance et une foi qui peut déplacer des montagnes. Les tibétains promènent leur énigmatique fascination. 

 

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