Visages d'errance
La marche, le moyen ancestral pour ralentir le temps,
La marche, moyen infaillible pour fatiguer les jambes et libérer la tête.
Un moyen aussi pour aiguiser le regard et laisser vagabonder la pensée.
Quand le langage devient impuissant et que les mots deviennent insuffisants,
Quand les dessins enfantins remplacent l'écriture devenue hermétique,
Il reste la magie de ces visions furtives et de ces regards croisés.
Quelques secondes suffisent alors pour imprimer d'indélébiles rencontres.
Visages poupins d'enfants qui s'ouvrent à la vie sans peur d'un futur incertain,
Visages purs de jeunes madones aux pieds nus,
Visage tranquille et reposant des travailleurs fatigués,
Visages déterminés de femmes gardiennes de maisonnées,
Visages sereins et confiants dans la solidité de croyances d'un autre monde,
Visages burinés par le temps déjà tournés vers le territoire des divinités
Visages de bois, expressions d'ancêtres figées, aux regards profondément vides.
Je garde de ces longues errances, de ces regards croisés, de ces visions furtives,
Des regards sans parole comme autant de dialogues muets
Qui percent sans coup férir la cuirasse des apparences.
Jean-Pierre Girolami Janvier 2012