Autre contrainte de son cahier des charges, il était chargé de l’approvisionnement en eau, lourde tâche déjà en soi pour satisfaire les besoins de toilette frénétique de 18 touristes, enfin pas tous car il y avait quelques récalcitrants aux ablutions. Il s’en est acquitté sans se départir de son large sourire, sauf quand quelques porteurs pensant déjouer sa vigilance, tentaient de lui resquiller de l’eau chèrement acquise au prix de nombreux portages loin du camp, plongeant les mains dans un torrent glacé. Très vite les petits jeunes ont appris qu’ils ne la lui feraient pas.
Kali Bahadur Magar selon son origine ethnique aurait dû être Hindouiste, eh bien non, il est chrétien et je l’ai surpris plusieurs fois, très tôt le matin, abîmé dans ses prières avant de réajuster un de ses deux fantasques bonnets bariolés, d’assujettir sur son crâne une charge de 30 kg pour se lancer avec ses compagnons de labeur dans son marathon quotidien.
Kali Bahadur Magar, homme jovial et attachant, marcheur certainement infatigable, danseur et enjôleur public, ne pouvait pas nous laisser indifférent. Tranquillement au dernier jour, son contrat rempli, il est reparti vers son destin de pauvre quelque part dans les collines qui se figent dans les vagues bleutées de l’Himalaya.
J’aurais aimé que notre chemin soit plus long, que notre complicité silencieuse joue les prolongations, c’est un pauvre que j’ai préféré à beaucoup d’autres.
JP Girolami