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Editorial

Le yak, internet et l’hélicoptère

 Si internet et l’hélicoptère symbolisent au mieux un mode qualifié de moderne où le tout communication...à n’importe quel prix est devenu un jeu et un enjeu perpétuel, rien ne prédisposait à une rencontre entre ces deux fleurons de la technologie et cette bête venue du fond des âges.  Pourtant cette rencontre a eu lieu dans un des endroits les plus beaux mais qui peut aussi devenir aussi le plus hostile et dangereux de la planète : le Khumbu. 

Haute parmi les plus hautes vallées de la terre, un endroit où la survie est un exercice quotidien qui tient à la fois de l’exploit et d’un art de vivre. 

Le yak symbolise au mieux cette lutte acharnée dans une nature âpre qui devient si vite inhospitalière. On peut même ajouter qu’il s’y complait y trouvant certainement sa raison d’exister et de subsister, fuyant les basses terres pourtant plus accueillantes.

Symbole ultime de richesse, précieux auxiliaire de ces populations avares de leur confort mais pas de leur travail, si le yak n’existait pas il faudrait le réinventer. Animal rustique d’une robustesse phénoménale, il promène avec sûreté sa carcasse impressionnante sur les sentiers les plus instables qui sont son terrain de prédilection. Vastes prairies et larges sentiers ne semblent pas le fasciner outre mesure, c’est le domaine du piéton…presque des infirmes.

S’il vous arrive de voir arriver une caravane de yaks, réfugiez-vous au plus vite du côté amont de la pente …et laissez-la passer …car les bougres ne s’arrêteront pas et ne s’apercevront même pas qu’ils vous ont bousculé, ceci ne pouvant être qu’un moindre mal.

 

Il y a déjà bien trop longtemps, je suis allé m’anesthésier dans les solitudes inhospitalières des 6000 du Khumbu où je n’ai vu que des yaks et des touristes … qui se lamentaient déjà le soir à l’étape sur l’état de leurs sacs portés… à dos de yaks.

J’ai aussi rencontré Ang Temba, un frêle sherpa de 68 ans, compagnon indéfectible des campagnes d’Hillary, « Sir Edmund » comme il l’appelait avec un respect des plus sincères.

J’avais alors fait de mon mieux pour suivre le rythme infernal de Temba sur les solitudes glacées de l’Island Peak j’avais presque 30 ans de moins que notre sprinter.

Cette année là, l’Island Peak était désert, Temba nous assurait…d’une main, en manipulant son chapelet à 108 grains de l’autre. Les yaks avaient dormi couverts au camp de base, il devait y avoir moins de 5 hélicoptères au Népal, tous propriété de l’armée népalaise.

J’ai plusieurs fois essayé de revoir Temba…toujours en voyage avec ses fils…en alpage avec ses yaks…

 

Cette année, nous sommes revenus au Khumbu…

J’ai retrouvé avec un immense bonheur Ang Temba, 85 ou 90 ans, le même œil malicieux, les jambes un peu moins sûres… Il gambade pourtant encore dans le toujours superbe village de Kumjung.  J’ai vu autant de yaks, et encore plus de touristes dépités devant l’état de leurs sacs.

Mais j’y ai aussi découvert Internet (très lent) et des hélicoptères…beaucoup d’hélicoptères (très bruyants). 

Comme dans un moyen-âge anachronique, les 3 mamelles du Khumbu, le yak, internet et l’hélicoptère se complètent et s’associent, pour que Namche Bazar, la capitale régionale, conforte son statut de Honk-Kong de l’Himalaya. Poste avancé du capitalisme avec les banques les plus inaccessibles du monde…8 jours de marche de la vallée.

 

Le Khumbu s’est délibérément projeté dans le monde moderne  tout en gardant encore des relents d’étables. Le Khumbu a fait un choix, celui du dollar et de l’euro, mais comme un vieil atavisme le yak se négocie encore en roupies, comme si quelque part il ne fallait pas mélanger les genres.

Au-delà des paysages grandioses et irréels, au-delà du grand cirque touristico-médiatique, c’est ce subtil mélange qui après m’avoir agacé certains jours, m’interpelle de plus un plus. Imprévisible évolution il y a quelques années, défi à tous les grands plans économiques et autres traders intrépides et zélés,  faculté d’adaptation innée de ce peuple attaché à sa terre et à sa culture qui sait finalement, prendre le bon et arrive à le faire cohabiter pour en tirer le meilleur…A méditer. 

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